« Si ce que je dis vient de Dieu et tu dis le contraire, de qui cela vient-il ? »

Cette phrase m’a été lancée par mon évêque. Pourquoi, vous demanderez-vous ? J’avais simplement refusé sa nouvelle stratégie pour éviter les divorces dans la paroisse. Selon lui, tous les membres devaient s’asseoir côte à côte dans la chapelle, sans aucun espace vide. Spoiler alert : cette règle n’a absolument rien changé aux divorces. En revanche, elle a grandement compliqué ma vie de mère. Avec deux enfants en bas âge, j’ai besoin d’un peu d’espace pour sortir rapidement sans déranger tout le monde quand ils pleurent.

Lorsque je lui ai fait part du problème, la réponse est tombée. Mes idées venaient du diable parce que je ne suivais pas l’envoyé de Dieu. Cette expérience m’a profondément marquée. Elle m’a poussée à réfléchir sur la frontière entre l’inspiration divine et l’abus de pouvoir dans l’Église.

1. Ce qu’est un vrai commandement

Pour comprendre où ça coince, il faut revenir à la base. De quoi parle-t-on quand on évoque la volonté de Dieu ?

La source des commandements universels

Dans l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, la réponse est simple : les commandements et les doctrines fondamentales viennent de Dieu. Ils passent par le Prophète et les Douze Apôtres, puis l’ensemble des membres les soutiennent. C’est le cadre énoncé par le prophète Amos :

« Car le Seigneur, l’Éternel, ne fait rien Sans avoir révélé son secret à ses serviteurs les prophètes. » (Amos 3:7)

D’ailleurs, l’histoire le montre bien : les vrais nouveaux commandements ou les révélations majeures ne tombent pas au détour d’une décision locale. Ils suivent un processus prophétique précis et officiel. Pensez à la Parole de Sagesse en 1833, à la dîme, ou plus tard aux déclarations officielles sur le mariage ou la prêtrise.

À chaque fois, la révélation est présentée à l’Église entière, étudiée, puis soutenue par le vote unanime des membres (selon la loi du consentement commun dans D&A 26:2).

Ce cadre divin et ordonné s’applique à tout le monde, partout et tout le temps.

L’intendance locale et ses limites explicites

À l’échelle d’une paroisse, c’est une tout autre histoire. Un évêque a une charge d’intendance. Il gère l’organisation, les réunions et le fonctionnement temporel de son unité. Mais cette responsabilité a des limites très claires. Aucun dirigeant local n’a le pouvoir d’inventer de nouveaux commandements ou de transformer une simple règle logistique en épreuve de foi.

L’apôtre Paul rappelait déjà aux Galates de ne pas se laisser imposer de faux fardeaux.

« C’est pour la liberté que Christ nous a affranchis. Demeurez donc fermes, et ne vous laissez pas mettre de nouveau sous le joug de la servitude. »
(Galates 5:1)

Le problème arrive quand on confond une doctrine éternelle avec une préférence personnelle. Le Christ dénonçait déjà cette tendance chez les pharisiens en disant :

« C’est en vain qu’ils m’honorent, en enseignant des préceptes qui sont des commandements d’hommes. » (Matthieu 15:9)

La charité est un principe divin. La façon de placer les chaises ou de remplir les bancs de la chapelle est un choix d’organisation. Quand un dirigeant mélange les deux et exige une obéissance aveugle sur un détail pratique, il crée une tension inutile.

C’est ce genre de dérive qui ouvre la porte à l’abus de pouvoir dans l’Église.

La dérive de l’autorité : la « domination injuste »

Les écritures nous mettent d’ailleurs directement en garde. La section 121 de Doctrine et Alliances explique noir sur blanc qu’il « est de la nature et des dispositions de presque tous les hommes de commencer à exercer une domination injuste aussitôt qu’ils reçoivent un peu d’autorité ou qu’ils croient en avoir » (D&A 121:39).

Dès qu’un homme utilise son titre pour imposer sa volonté ou culpabiliser les autres, l’Esprit s’en va et son autorité spirituelle s’éteint. Dire à une mère de famille que ses idées viennent du diable parce qu’elle a besoin d’espace pour ses enfants, ce n’est pas de l’inspiration.

C’est un abus de pouvoir dans l’Église, pur et simple.

La légitimité irremplaçable de la révélation personnelle du membre

En tant que membre, chacun garde une ligne directe avec Dieu pour sa propre vie et sa famille. L’apôtre Jacques nous invite tous :

« Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement. » (Jacques 1:5)

L’inspiration personnelle qu’un parent ou un individu reçoit pour son foyer est totalement légitime. Aucun évêque n’a l’autorité d’écraser ce discernement spirituel personnel avec des règles ou des préférences d’organisation locales.

2. La faillibilité des Hommes

Pour éviter de culpabiliser quand une décision locale semble absurde, il faut accepter une réalité toute simple : les dirigeants restent des êtres humains imparfaits.

L’illusion de l’infaillibilité

Beaucoup de membres imaginent que la mise à part pour un appel transforme magiquement un dirigeant. Son esprit deviendrait soudain un canal parfait par lequel la voix de Dieu s’exprime.

C’est une erreur de perception.

L’infaillibilité n’existe pas dans notre doctrine. Le Seigneur a précisément choisi de travailler avec « les faibles et les simples » (D&A 1:23) et de réaliser son œuvre par des « choses folles et faibles » (1 Corinthiens 1:27).

Dieu fait le choix d’appeler des êtres humains ordinaires, avec leurs fatigues, leurs préjugés et leurs angles morts. Un évêque peut prendre une décision très inspirée un dimanche, et proposer une idée saugrenue le lendemain. Reconnaître cela n’est pas un manque de foi, c’est simplement faire preuve de maturité spirituelle.

Le témoignage des prophètes sur leurs propres limites

Cette réalité ne concerne pas uniquement le niveau local. Les dirigeants généraux eux-mêmes ont souvent rappelé que la perfection n’appartient qu’au Christ. Pour éviter tout risque d’abus de pouvoir dans l’Église, ils ont ouvertement témoigné de leurs propres limites.

Le président Dieter F. Uchtdorf l’a dit sans détour lors d’une conférence générale :

« Et, pour être tout à fait franc, il y a eu des fois où les membres ou les dirigeants de l’Église ont tout bonnement fait des erreurs. Il a pu se dire ou se faire des choses qui n’étaient pas conformes à nos valeurs, à nos principes ou notre doctrine. »

Brigham Young exprimait déjà la même inquiétude à son époque. Il disait craindre par-dessus tout que les saints ne fassent une confiance si aveugle à leurs dirigeants qu’ils en arrivent à s’endormir dans une sécurité fatale, au lieu de chercher eux-mêmes la confirmation de l’Esprit.

Le message des prophètes est clair : aucun appel ne met un homme à l’abri d’une erreur de jugement.

Ne pas confondre la fonction et l’individu

Soutenir un dirigeant ne veut pas dire renoncer à son bon sens ou s’éteindre spirituellement. L’apôtre Paul conseillait d’ailleurs :

« Mais examinez toutes choses ; retenez ce qui est bon ; »
(1 Thessaloniciens 5:21)

Il faut savoir faire la différence entre l’office divin d’évêque et la personne qui l’occupe temporairement. On peut honorer l’appel tout en reconnaissant avec lucidité qu’une directive spécifique de cet homme est mauvaise. Refuser de plier sous une exigence irrationnelle n’est pas un acte de rébellion envers la prêtrise. C’est simplement faire la part des choses entre l’Évangile de Jésus-Christ et les imperfections humaines.

3. Révélation personnelle vs directives logistiques

Comment faire le tri au quotidien ? Tout est une question d’équilibre. Les plannings, la gestion des salles ou le déroulement des réunions sont utiles pour qu’une paroisse fonctionne. Mais ce sont des outils pratiques, pas des tests de dignité spirituelle.

Face à une directive douteuse, le filtre est simple : respecte-t-elle la doctrine, votre révélation personnelle et le bon sens ? Si la réponse est non, vous n’avez aucune obligation de vous y soumettre. L’obéissance aveugle n’a rien de divin, et savoir poser des limites reste le meilleur moyen de couper court à un abus de pouvoir dans l’Église.

Pas besoin pour autant d’entrer en guerre ou de créer du drame dans les couloirs. La meilleure réponse face à l’abus de pouvoir dans l’Église, c’est simplement une autonomie calme et assumée : faire sereinement ce qui est bon pour son foyer, avec le sourire.

4. Deux invitations pour avancer ensemble

Pour sortir des tensions et bâtir des congrégations saines, chacun a un rôle à jouer. Voici des invitations simples pour remettre l’équilibre au cœur des unités.

Une invitation aux membres : Réappropriez-vous votre libre arbitre

  • Refusez la culpabilisation injustifiée. Si un dirigeant utilise la peur, la honte ou le chantage spirituel pour imposer ses préférences, rappelez-vous que Dieu n’agit pas ainsi. L’Esprit se retire dès qu’il y a contrainte.
  • Faites confiance à votre propre canal de révélation. Ne laissez personne penser à votre place. Votre relation avec Dieu vous appartient, et vous êtes le premier à recevoir la révélation de ce qui est bon pour votre foyer.
  • Dites non avec gentillesse et fermeté. Soutenir un dirigeant n’impose pas une soumission aveugle face à un abus de pouvoir dans l’Église. Vous avez le droit de poser des limites saines sans culpabiliser.

Une invitation aux dirigeants : Servez avec humilité et discernement

  • Ne confondez pas votre avis et la voix de Dieu. Une idée personnelle d’organisation n’est pas un commandement de Dieu. Soyez prudents avant d’utiliser l’autorité de la prêtrise pour valider des manies logistiques.
  • Écoutez le terrain. Les membres traversent des réalités complexes. Une mère avec des jeunes enfants ou une personne en souffrance ont des besoins uniques. Ne cherchez pas à faire rentrer tout le monde de force dans le même moule.
  • Revenez aux bases de Doctrine et Alliances 121. Aucun pouvoir ne peut s’exercer légitimement par la contrainte. La seule vraie façon de diriger repose sur la persuasion, la douceur, la patience et un amour sincère. C’est le meilleur rempart contre tout risque d’abus de pouvoir dans l’Église.

Retrouver la joie d’une foi éclairée

L’Évangile de Jésus-Christ est un message de liberté, de paix et de joie. Il n’a jamais été conçu pour devenir un outil de contrôle.

On peut aimer l’Église, honorer la prêtrise et servir sincèrement tout en restant pleinement maître de sa conscience. En remettant chaque chose à sa juste place — la doctrine d’un côté, les opinions humaines de l’autre —, on se libère d’un poids inutile.

Continuons à nous réunir et à nous soutenir dans nos congrégations, mais faisons-le les yeux ouverts : avec de la foi, beaucoup de bon sens, et un profond respect pour la liberté de chacun.