NdT : Traduction de l’article sur l’abus spirituel écrit par Darla Isackson pour Meridian Magazine. 

Il est généralement facile de définir ou de reconnaître la maltraitance physique. En revanche, lorsque l’abus spirituel s’infiltre dans nos vies, il devient extrêmement difficile de comprendre ce qui se passe réellement. Pourtant, la douleur ressentie est bien réelle et souvent profonde. Ensemble, brisons le silence, définissons ce fardeau et mettons-le en lumière pour le faire sortir de l’ombre.

Il y a quelques années, Ed McCormack, un conseiller d’orientation respecté (aujourd’hui à la retraite), m’a aidée à formuler cette définition essentielle :

Chaque fois qu’un principe vrai est enseigné sans l’Esprit, appliqué par la coercition, ou utilisé pour rabaisser une personne et lui donner le sentiment qu’elle n’est pas assez bien, il s’agit d’un abus spirituel.

Laissez-moi vous donner un exemple concret. Une épouse, en grand besoin de valorisation, dit à son mari : « Je souffre tellement. J’ai juste besoin que tu me dises une seule chose que tu apprécies chez moi. » L’époux la regarde alors avec mépris. Il se dirige vers son bureau, ouvre le tiroir supérieur et en sort quelques feuilles de papier. Sur ce document, il avait noté des Écritures et des citations du Le Liahona (anciennement Ensign) dans une colonne. Dans l’autre, il avait accumulé des « preuves » pour démontrer que sa femme n’était pas à la hauteur des conseils des apôtres.

Lorsque nous rabaissons un enfant ou un conjoint au nom de la justice, la confusion et le découragement s’installent. Le principe enseigné est peut-être vrai, mais si l’esprit utilisé est à l’opposé de l’amour et de la charité, le résultat est destructeur. Frère McCormack m’a montré des passages clés dans Doctrine et Alliances 50. Nous les avons étudiés ensemble comme des lignes directrices. Dans cet article, je vais utiliser ces versets pour clarifier ce principe indispensable.

« En vérité, je vous le dis, celui qui est ordonné par moi et envoyé prêcher la parole de vérité par le Consolateur, selon l’Esprit de vérité, prêche-t-il par l’Esprit de vérité ou d’une autre façon ? Si c’est d’une autre façon, ce n’est pas de Dieu. » (D&A 50:17-18)

Frère McCormack a souligné une vérité frappante : enseigner la parole même de Dieu sans l’Esprit, dans le but de culpabiliser, de blesser émotionnellement ou de donner tort à quelqu’un, n’est pas de Dieu. C’est la définition même de l’abus spirituel.

Pourquoi est-il vital de comprendre ce principe ?

Il est assez simple de distinguer le bien du mal. En revanche, lorsque le bien est enseigné avec les tactiques de l’adversaire, la situation devient confuse. Selon Frère McCormack, beaucoup de jeunes quittent l’Église parce qu’ils ne trouvent ni progression, ni liberté, ni bonheur dans cette manière biaisée de présenter l’Évangile.

Prenons l’exemple du grand-père de mon mari. Adolescent, il a fui sa famille et a quitté l’Église parce que son père le battait régulièrement. Ce père pensait ainsi le « motiver » à assister aux réunions de l’Église. Malheureusement, la force ne fonctionne jamais pour inciter quelqu’un à poser des actes spirituels. Même si la personne obéit en apparence, elle nourrit de la rancœur et de la résistance à l’intérieur. La coercition était le plan du diable. Dès que nous l’utilisons, nous votons pour son plan plutôt que pour le plan de Dieu fondé sur le libre arbitre.

Le plus grand danger : Se couper de l’amour du Père céleste

Peggy McFarland, une conseillère professionnelle Saint des Derniers Jours, explique :

« Avec mes clients, je constate que l’abus spirituel accompagne systématiquement toutes les autres formes de maltraitance, qu’elles soient sexuelles ou physiques. En fin de compte, le plus grand préjudice est d’ordre spirituel. La victime s’enfonce alors dans une vision honteuse d’elle-même. Par sa nature même, la maltraitance pousse les victimes à se sentir déconnectées de l’amour inconditionnel de leur Père céleste. Elles finissent par perdre cette relation, pourtant “la plus précieuse” de toutes.

L’abus spirituel se manifeste sur une échelle allant de léger à sévère. Reconnaître ses formes subtiles aidera nos proches à rejeter la honte, qui est une conséquence inhérente à la Chute. Les Écritures et le temple nous enseignent clairement que Satan veut toujours que nous nous cachions par honte loin de la présence de notre Père céleste. C’est Satan qui contraint par la peur et la honte, alors que Dieu agit par l’amour. »

Une histoire vraie : Quand les parents blessent sans le vouloir

Une amie, qui vit qui vit loin du « berceau » de l’Église et qui est une mère dévouée et membre fidèle de l’Église, a accepté de partager son expérience de manière anonyme :

« Lorsque notre fils de 15 ans a commencé à se plaindre d’aller à l’église, nous avons été pris de court. Il avait toujours été très obéissant et considérait son père comme un héros. Au lieu de chercher à comprendre ses inquiétudes, nous nous sommes mis en colère et avons adopté une attitude punitive. Nous lui avons dit que s’il refusait d’aller à l’église, il n’avait qu’à rester à la maison pour faire les corvées.

Avec le recul, je réalise que notre réaction cachait un besoin d’apparaître comme des parents parfaits grâce à l’obéissance de nos enfants. En d’autres termes, notre motivation profonde était l’orgueil. Nous n’étions pas guidés par les qualités divines décrites dans la section 121 de Doctrine et Alliances, comme une connaissance pure, la longanimité et un amour sincère. Nous l’avons réprimandé, certes, mais pas parce que nous étions poussés par le Saint-Esprit. De plus, nous ne l’avons pas entouré ensuite d’un surcroît d’amour pour éviter qu’il nous considère comme ses ennemis.

Un dimanche, je suis passée devant la classe de l’école du Dimanche de mon fils, qui s’est tenue dans le couloir. Notre fils était assis au fond. Sa chaise était basculée en arrière, sa tête appuyée contre le mur. Il avait les yeux fermés et ses Écritures gisaient sur le sol. Il était évident qu’il était totalement détaché de ce qui se passait. Ma première émotion a été l’embarras, que Satan a facilement transformé en colère. Plus tard, nous lui avons fait la morale parce que ses Écritures n’étaient pas ouvertes. Nous n’avons créé aucun espace sécurisant pour qu’il nous explique son détachement.

Le message spirituellement abusif que nous lui avons envoyé était le suivant : tu es un « mauvais » garçon si tu ne réponds pas à nos attentes. Sans le vouloir, nous lui avons enseigné que Dieu ne se souciait pas de ses sentiments, et que sa valeur dépendait uniquement de ses performances religieuses.

Heureusement, nos cœurs se sont adoucis lorsque nous avons enfin compris la réalité de la situation. Cette explication est venue d’un autre parent de la paroisse, pas de notre fils. Dans notre paroisse, un grand groupe de garçons avait grandi ensemble depuis la Primaire. Ils avaient toujours été d’excellents amis. Pourtant, à l’entrée au lycée, l’un des garçons est devenu le leader du groupe et a décidé qu’il n’aimait plus notre fils. Ce garçon a encouragé tous les autres à l’isoler. Malheureusement, les autres adolescents ont été trop faibles pour résister à la pression du groupe. Un par un, les amis de notre fils lui ont tourné le dos.

L’Église est alors devenue pour lui un lieu de rejet et de solitude. Notre fils ne remettait pas en question les vérités de l’Évangile, il avait simplement un besoin désespéré d’un ami. Lorsqu’une autre famille avec des adolescents s’est installée dans la paroisse, notre fils s’est fait de nouveaux amis, et l’Église est redevenue un lieu accueillant.

Au cours des 20 années qui ont suivi cette expérience, nous nous sommes repentis. Nous avons demandé pardon à notre fils pour notre style parental punitif. Mon mari et moi avons grandi dans des foyers marqués par la maltraitance physique, et par conséquent, par l’abus spirituel. Nous devions comprendre comment les traditions de nos pères influençaient négativement notre rôle de parents. Sans le savoir, nous transmettions à nos enfants la honte de la maltraitance que nous avions nous-mêmes subie. Heureusement, grâce à une thérapie familiale, à l’écoute de nos enfants et à un repentir sincère, nous avons appris à éduquer d’une manière qui reflète davantage la patience de notre Père céleste. »

Comment reconnaître l’abus spirituel envers soi-même ?

« Et de plus, celui qui reçoit la parole de vérité, la reçoit-il par l’Esprit de vérité ou d’une autre façon ? Si c’est d’une autre façon, ce n’est pas de Dieu. » (D&A 50:19-20)

Parfois, la vérité est enseignée par l’Esprit, mais nous la recevons d’une autre façon — en adoptant la vision de l’adversaire. Cela nous décourage, nous rend misérables et nous donne le sentiment d’être incapables de vivre ces principes. De cette façon, l’adversaire nous pousse à pratiquer l’abus spirituel envers nous-mêmes. J’ai souvent agi ainsi au cours de ma vie, et je commence seulement à reconnaître ce schéma destructeur.

Le perfectionnisme extrême peut être une forme d’abus spirituel envers soi-même. Si nous prenons l’Écriture « Soyez donc parfaits » et que nous y ajoutons le mot « maintenant », nous la transformons en « philosophies des hommes mêlées aux Écritures ». Nous transformons alors des principes purs en normes irréalistes et génératrices de misère. En pensant que nous devons être parfaits à chaque instant, nous devenons experts en autoflagellation. Ce comportement réjouit Satan, car cette façon de penser erronée nous fait lui ressembler : nous devenons misérables au lieu de ressembler au Christ, qui est plein de lumière et d’espérance.

Pour en savoir plus sur le perfectionnisme religieux, lisez cet article. 

La source de la lumière et de la joie

Lorsque la vérité est à la fois enseignée et reçue avec l’Esprit, elle édifie et apporte une joie profonde.

« Comment se fait-il donc que vous ne puissiez comprendre et savoir que celui qui reçoit la parole par l’Esprit de vérité la reçoit telle qu’elle est prêchée par l’Esprit de vérité ? C’est pourquoi, celui qui prêche et celui qui reçoit se comprennent, et tous deux sont édifiés et se réjouissent ensemble. Et ce qui n’édifie pas n’est pas de Dieu et est ténèbres. » (D&A 50:21-23)

Il n’y a aucune joie partagée dans les situations d’abus spirituel. En réalité, les ténèbres abondent. L’auteur de l’abus se sent justifié dans son jugement injuste parce qu’il estime avoir « la vérité » de son côté. Il oublie qu’il utilise cette vérité comme un bâton pour frapper, au lieu d’en faire un flambeau pour éclairer le chemin. La personne maltraitée se sent quant à elle totalement découragée, confuse et écrasée. Elle finit par voir l’autre comme son ennemi. En réalité, l’auteur de l’abus n’est pas l’ennemi ; il a simplement été trompé et utilisé par l’ennemi de notre âme pour devenir un instrument de découragement.

À l’inverse, l’appel au repentir du Sauveur n’est jamais une accusation décourageante. C’est un vote de confiance qui affirme votre valeur et votre capacité à faire mieux. Il vous donne l’assurance que vous êtes aimés et désirés. Avec un amour infini, Il nous dit simplement : « Venez à moi. »

Il n’existe qu’une seule ressemblance entre Jésus et Satan : le Sauveur souhaite que nous soyons comme Lui et avec Lui. Satan le souhaite aussi. L’abus spirituel est l’un des outils préférés de l’adversaire. S’il réussit à décourager, il peut piéger à la fois la victime et l’auteur de l’abus dans ses filets. Nous pouvons éviter ce piège en nous attachant fermement à la lumière.

« Ce qui est de Dieu est lumière ; et celui qui reçoit la lumière et persévère en Dieu reçoit davantage de lumière ; et cette lumière devient de plus en plus brillante jusqu’au jour parfait. Et de plus, en vérité, je vous dis, et je le dis pour que vous connaissiez la vérité, que vous pouvez chasser les ténèbres de parmi vous. » (D&A 50:24-25)

Choisir la lumière au quotidien

Je suis profondément reconnaissante pour la lumière, la vérité et le pouvoir de l’Esprit qui nous aident à discerner les choses. Je prie pour que nous laissions entrer davantage de lumière dans nos vies. Puissions-nous être édifiés par la vérité et nous repentir si nous basculons, de près ou de loin, dans une forme d’abus spirituel envers nous-mêmes ou envers autrui.

Dans ce domaine de notre vie, les nuances de gris n’existent pas : tout est noir ou blanc. Si nous nous sentons édifiés, si nous édifions les autres et si nous trouvons des raisons de nous réjouir ensemble, nous sommes dans la lumière. Si des paroles ou des sentiments de découragement, d’accusation ou de jugement apparaissent, nous n’y sommes pas.

Par ailleurs, si cet abus est dirigé contre nous, demandons une bénédiction de prêtrise, rendons-nous au temple, et intensifions nos prières et notre étude des Écritures pour discerner la vérité de l’erreur. Si cet abus vient de nous, reconnaissons notre besoin de nous repentir, recherchons l’Esprit et réalignons-nous sur la Source de la lumière, de l’amour, de la paix et de la joie.

Vivre par l’Esprit ne signifie pas que nous échapperons aux épreuves et aux chagrins de cette vie mortelle. Cela signifie en revanche que nous pouvons éviter une misère inutile, la servitude et les ruses de Satan. N’est-ce pas là une magnifique raison de nous réjouir ensemble ?


Article écrit par Darla Isackson pour Meridian Magazine et publié sous le titre Shedding a Light on Spiritual Abuse.